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21 juillet 2017

Stylo magique

On n'arrête pas le progrès ! 
Mais moi je suis très en retard ! 
Je m'étonnais de voir des personnes écrire avec un stylo, 
puis effacer facilement leur écrit avec l'autre extrémité du stylo.
J'ai eu l'explication quand une brodeuse m'a parlé d'un stylo 
dont l'encre s'efface sous l'effet du frottement qui produit de la chaleur. 
Chaleur produite aussi par le fer à repasser ...
 J'ai donc adopté ce stylo "Frixion" de la marque PILOT.  

18 juin 2017

Il était un arbre

MERCI A SYLVIE, ANNIE, VIRGINIE, ISABELLE, ELIANE, SAMIA, RUTE ET MARIE-ANGE 
qui m'ont aidé à réaliser ce panneau.

Certains éléments ont été thermocollés, comme les mains
La majorité des feuilles a été positionnée selon le même principe. 
Quelques unes ont été cousues en leur centre par un point de tige.
Pour les baies, nous avons utilisé du galon à pompons, 
lesquels ont été coupés et enfilés un à un sur des aiguillées de fil rouge.
Mais quel est l'arbre ainsi représenté ? Ce n'est pas un cerisier. Alors ???????

2 mai 2017

Thermo-collant double face

Jusqu'à présent, j'utilisais de la toile thermocollée sur une seule face (voir son utilisation ici
Cette méthode nécessite de coudre le motif sur le tissu de fond.
Ce qui devient superflu avec le thermocollant double-face.
(Sauf si vous devez laver souvent l'ouvrage)

J'ai utilisé un produit en pochette qui trainait depuis quelques années dans mes stocks.
Vous pouvez vous le procurer aujourd'hui à la coupe au mètre. 
Il s'agit d'un voile protégé par un papier sulfurisé.
Une fois le motif choisi
appliquer la face encollée du thermocollant sur l'envers du tissu à l'aide du fer à repasser 
(réglage coton - pas de vapeur - maintenir le fer environ 8 secondes)
Laisser refroidir, puis découper le motif. 
Ôter le papier 
Il ne reste plus qu'à l'appliquer de la même manière sur le tissu de fond.
J'ai utilisé une chute de tissu tahitien (celui du canapé) pour colorer un sac à pain
Les formes triangulaires sont les chutes après découpage de la forme !

La technologie du XXIème siècle nous propose de nombreux produits qui facilitent les travaux de couture. 
Mais comment faisait-on avant ? Pour y répondre, j'ai fureté dans mes "vieilleries".

La première date de 1928 :
 Ce livre a souvent dû être ouvert : les pages se détachent
Il compte trois parties : la broderie, la tapisserie, la dentelle qui présentent l'historique de ces trois arts de l'aiguille, en sus des indications pratiques d'exécution et des différents genres dans chaque famille, .

J'ai trouvé ce qui m'intéresse pour aujourd'hui à la page 47 
(Première partie : la broderie - Différents genres de couleur)
"Les applications en couleurs - La broderie de couleurs dite "application" consiste en motifs de soie, de velours, de drap, et même  parfois d'indienne, découpés, puis appliqués sur un tissu quelconque,qui doit servir de fond.
Elle se fait pour pour robes et manteaux de dames; mais surtout dans l'ameublement pour coussins, tapis, meubles, rideaux.
L'application était déjà connue au Moyen-Age. avant la broderie au passé, c'était peut-être la manière la plus répandue pour produire des ouvrages polychromes. On peut donc faire en application des décors de tout style, en harmonie avec le mobilier qu'elle doit accompagner.
Le dessin des broderies d'application doit être tracé sur le tissu destiné aux décors et sur le tissu de fond.
Les motifs découpés sont tantôt attachés à ce dernier par un simple faufil soigneusement fait, et  tantôt collés.
Dans ce cas, avant de découper les dessins, on devra les doubler d'un papier de soie très fin, adhérant à l'étoffe par une colle légère faite avec de l'amidon de froment, qui a la spécialité de sécher vite. Encore faut-il que cette colle ne contienne pas trop d'eau et qu'elle soit étendue avec soin sans petits grumeaux ni bulles d'air.
Pour chasser celle-ci, lorsque la colle a été régulièrement étendue sur le papier au moyen d'un pinceau, et qu'on y pose l'étoffe, il faut, avec un linge propre, frotter ce tissu dans le sens de la trame avant de mettre le tout sous presse. Sans cette précaution, il pourrait se produire des gondolages défectueux.
Quand tout est sec et découpé très nettement, sans bavures ni effilochures, il faut mettre à nouveau de la colle sous chaque motif et l'appliquer sur les lignes correspondantes du fond. De nouveau, on presse sous une planche lourde ou alourdie par des poids, et il n'y a plus alors qu'à sertir ces ornements.
On le fait de diverses manières, tantôt par un feston, par un surjet ou cordonnet, par une piqûre, tantôt par une soutache ou une ganse, qui se coud parfois avec des points invisibles et parfois avec des points surjetés, d'une couleur vive et très apparente."

Ma seconde source n'est pas datée. Du moins l'exemplaire que j'ai en ma possession.
La première édition de cette encyclopédie est parue en 1886. 
Différents indices me laissent penser que la mienne (dénichée sur une brocante par Arnoldo) remonte au début du XXème siècle (mais après 1906).

Les explications pour encoller les tissus diffèrent peu de celles inscrites dans le précédent livre. 
Il y a seulement plus de précisions quant au mode pressage (page 207) :
"[  ] On pose sur une planche de bois droite et lisse plusieurs feuilles de papier qui ne devront avoir aucun pli, on y pose l'étoffe doublée de papier, on la recouvre de plusieurs autres feuilles de papier, que l'on presse finalement avec une seconde planche, sur laquelle on mettra encore des pierres ou des pièces de fer très pesantes. On laisse l'étoffe sous presse jusqu'à ce qu'elle soit complètement sèche."

Par contre, nous pouvons y lire page 822 la recette de la colle  :
 "Manière de préparer la colle pour fixer les broderies et les applications - Il paraîtra peut-être étrange de nous voir vouer un article spécial à une chose aussi simple en apparence. Elle ne l'est cependant nullement, car une colle mal préparée peut détériorer complètement un ouvrage commencé dans les meilleures conditions, ainsi que beaucoup de fournitures précieuses.
Pour préparer la colle, prenez de l'amidon de froment, non de riz, mettez-en dans un pot à fond concave la quantité que vous présumerez vous falloir pour l'ouvrage à confectionner; n'ajoutez à l'amidon que la quantité nécessaire d'eau pour arriver à le dissoudre et remuez avec une cuiller de bois jusqu'à ce que tous les petits grains aient disparu.
Faites bouillir pendant ce temps de l'eau pure, jetez-y de la résine pulvérisée (sur 1/8 de litre d'eau à peu près l'équivalent d'un pois sec); puis faites-y couler peu à peu, et en tournant toujours, l'amidon délayé. Laissez encore bouillir quelques secondes, retirez le pot du feu et continuez à remuer jusqu'à ce que la colle soit tiède. Il est indispensable de remuer pour empêcher la formation de grumeaux.
Ce genre de colle ne tache pas et ne ternit aucune couleur, fût-elle la plus délicate, à cause de l'absence complète de toute acidité. En hiver, elle peut servir pendant plusieurs jours de suite, et elle se conservera plus longtemps qu'en été, pendant les chaleurs. Sitôt que l'on observera la moindre altération, on ne s'en servira plus. N'employez jamais de gomme arabique pour faire le collage des broderies ou pour fixer les applications; les substances salines que contient la gomme tachent presque toujours les étoffes."

Alors, prêt pour la décroissance ?

23 avril 2017

Donzy

Alors qu'en ce jour de premier tour des présidentielles, les Donziais voient leur joli petit village bourguignon envahi par une horde de journalistes venus du monde entier (cette commune de 1700 habitants a pris l'habitude depuis 1981 de voter de manière identique aux résultats nationaux des élections présidentielles), je me souviens ......

J'ai traversé ce village lors du voyage annuel vélocipédique qui m'a conduit de la Seine et Marne jusqu'aux cols du Tourmalet et de l'Aubisque dans les Pyrénées, et retour au bercail. Notre œil avait été attiré par une inscription inhabituelle sur une église.

Celle-ci " illustre un conflit qui opposa le curé Bailly et le maire de l'époque, Hubert Front. En 1881, date du conflit politico-religieux ; le maire veut faire peindre la girouette aux couleurs républicaines. Il veut aussi interdire la sonnerie des cloches au 14 juillet. Le curé se révolte mais le maire obtient ce qu'il désire et fait peindre la devise. L'affaire prit une dimension nationale. Elle prit fin en 1897 par la condamnation du curé à deux jours de prison."
La girouette est toujours aussi colorée
Le Nohain, cours d'eau qui traverse ce village, inspirera le père de Jean Nohain lorsqu'il prit un pseudonyme.

De ce village rural, loin des grandes villes, dont les habitants se sentent peut-être, à l'image de bien des territoires français, les oubliés de la République Française, je retiens cette vue
Paysage bucolique, qui m'a donné en août 2016 un sentiment de sérénité et d'apaisement.

8 avril 2017

Travailleuse

"Petit meuble à compartiments pour accessoires de couture" (Grand Larousse en 5 volumes)

Rappelez-vous : j'en ai croisé quelques unes à Cornimont en mai 2016.
Elles étaient garnies d'accessoires et de travaux d'aiguilles qui racontaient une histoire.


Elles m'ont donné l'envie de suivre de près le projet "L'incroyable conjugaison du verbe coudre" 
mené à l'initiative du conseil Départemental des Vosges.
J'ai suivi le troupeau de travailleuses tout au long du mois de juin 2016 : 
elles ont trainé leurs pieds dans 22 villes et villages vosgiens.
J'en ai retrouvé quelques unes lors de ma visite à l'exposition finale aux Archives Départementales 
à Epinal le 28 novembre 2016. Le troupeau était trop gros (plus de 40 bêtes), elles n'ont pas pu toutes prendre place dans la salle réservée à l'exposition. Si vous voulez faire leur connaissance, cliquez ici

Le 28 novembre 2016, j'ai pu admirer celles-ci : 

Je me suis attardée auprès de celle de Marguerite






J'avais pensé faire un saut (d'une quarantaine de kilomètres) chez Emmaüs
pour dénicher à mon tour une TRAVAILLEUSE. 
Un saut plus petit de 9 kms m'a permis d'en trouver une dans une brocante des couturières.
Courte sur pattes, elle est idéale pour moi car je n'ai plus guère de place dans mon coin couture.
 Je l'ai posée sur mon meuble de machine à coudre.
Peu encombrante, je la pose par terre lorsque j'ouvre mon meuble.
Il ne me reste plus qu'à la remplir, ce qui ne devrait pas poser de problème !

26 mars 2017

Cousu de fil rouge

La réalisation de ce sac à épingles à linge 
 dont le dessin de la broderie est extrait du livre
 m'a invité à fureter dans mes livres pour chercher des informations sur la couleur rouge et son utilisation dans la broderie.

Pour tout savoir sur les couleurs, il faut lire les textes de Michel Pastoureau, historien de la symbolique occidentale mondialement connu pour ses travaux sur l’histoire des couleurs en Occident. Il a également publié une dizaine d’ouvrages sur les significations de l’héraldique (science du blason, c'est-à-dire l'étude des armoiries).

Lors d'un passage obligé à la librairie du Musée des Arts Décoratifs à Paris (chaque fois que je visite une exposition de ce musée) j'ai fait l'acquisition de ce modeste livre
La couleur rouge est évoquée de la page 25 à la page 41. Voici ce que nous en dit l'auteur :
"[  ] le rouge [  ] est une couleur orgueilleuse, pétrie d'ambitions et assoiffée de pouvoir, une couleur qui veut se faire voir et qui est bien décidée à en imposer à toutes les autres. En dépit de cette insolence, son passé, pourtant, n'a pas toujours été glorieux. Il y a une face cachée du rouge, un mauvais rouge (comme on dit d'un mauvais sang) qui a fait des ravages au fil du temps, un méchant héritage plein de violences et de fureurs, de crimes et de péchés. Méfiez-vous de lui : cette couleur-là cache sa duplicité. Elle est fascinante, et brûlante comme les flammes de Satan.
[  ] Dans le système chromatique de l'Antiquité, qui tournait autour de trois pôles, le blanc représentait l'incolore, le noir était grosso modo le sale, et le rouge était la couleur, la seule digne de ce nom. La suprématie du rouge s'est imposée à tout l'Occident.
[En effet] très tôt, on a maîtrisé les pigments rouges et on a pu les utiliser en peinture et en teinture. Dès - 35 000 ans, l'art paléolithique utilise le rouge, obtenu notamment à partir de la terre ocre-rouge : voyez le bestiaire de la grotte Chauvet. Au néolithique, on a exploité la garance, cette herbe aux racines tinctoriales présente sous les climats les plus variés, puis on s'est servi de certains métaux, comme l'oxyde de fer ou le sulfure de mercure... La chimie du rouge a donc été très précoce, et très efficace. D'où le succès de cette couleur.
 [  ] Dans l'Antiquité déjà, on l'admire et on lui confie les attributs du pouvoir, c'est-à-dire ceux de la religion et de la guerre. Le dieu Mars, les centurions romains, certains prêtres... tous sont vêtus de rouge. 
 [Mais il y a différents rouges] Dans la Rome impériale, celui que l'on fabrique avec la substance colorante du murex, un coquillage rare récolté en Méditerranée, est réservé à l'empereur et aux chefs de guerre. Au Moyen-Age, cette recette de la pourpre romaine s'étant perdue (les gisements de murex sur les côtes de Palestine et d'Egypte sont de plus épuisés), on se rabat sur le kermès, ces œufs de cochenille qui parasitent les feuilles de certains chênes. [  ] La récolte est laborieuse et la fabrication très coûteuse. Mais le rouge obtenu est splendide, lumineux, solide. Les seigneurs bénéficient donc toujours d'une couleur de luxe. Les paysans, eux, peuvent recourir à la vulgaire garance, qui donne une teinte moins éclatante. Peu importe si on ne fait pas bien la différence à l’œil nu : l'essentiel est dans la matière et dans le prix. Socialement, il y a rouge et rouge ! D'ailleurs, pour l’œil médiéval, l'éclat d'un objet (son aspect mat ou brillant) prime sur sa coloration.[  ]Un rouge bien vif est toujours une marque de puissance, chez les laïcs comme chez les ecclésiastiques. A partir des XIIIème et XIVème siècles, le pape, jusque là voué au blanc se met au rouge. Les cardinaux, également. Cela signifie que ces considérables personnages sont prêts à verser leur sang pour le Christ... Au même moment, on peint des diables rouges sur les tableaux et, dans les romans, il y a souvent un chevalier félon et rouge, des armoiries à la housse de son cheval, qui défie le héros. On s’accommode très bien de cette ambivalence.
[  ] Dans toutes les versions du conte "Le Petit Chaperon Rouge" (la plus ancienne date de l'an mille), la fillette est en rouge. Est-ce parce qu'on habillait ainsi les enfants pour mieux les repérer de loin, comme des historiens l'ont affirmé ? Ou parce que, comme le disent certains textes anciens, l'histoire est située le jour de la Pentecôte et de la fête de l'Esprit sains, dont la couleur liturgique est le rouge ? Ou encore parce que le jeune fille allait se retrouver au lit avec le loup et que le sang allait couler, thèse fournie par des psychanalystes ? Je préfère pour ma part l'explication sémiologique : un enfant rouge porte un petit pot de beurre blanc à une grand-mère habillée de noir... Nous avons là les trois couleurs de base du système ancien. On les retrouve dans d'autres contes : Blanche-Neige reçoit une pomme rouge d'une sorcière noire. Le corbeau noir lâche son fromage -blanc- dont se saisit un renard rouge... C'est toujours le même code symbolique.
[  ] Les codes symboliques ont des conséquences très pratiques. Prenez les teinturiers : en ville, certains d'entre eux ont une licence pour le rouge (avec l'autorisation de teindre aussi en jaune et en blanc), d'autres ont une licence pour le bleu (ils ont le droit de teindre également en vert et en noir). A Venise, Milan ou Nuremberg, les spécialistes du rouge garance ne peuvent même pas travailler le rouge kermès. On ne sort pas de sa couleur, sous peine de procès ! Ceux du rouge et ceux du bleu vivent dans des rues séparées, cantonnés dans les faubourgs parce que leurs officines empuantissent tout, et ils entrent souvent en conflit violent, s'accusant réciproquement de polluer les rivières. Il faut dire que le textile est alors la seule vraie industrie de l'Europe, un enjeu majeur.
[  ] Pour les réformateurs protestants, le rouge est immoral. Ils se réfèrent à un passage de l'Apocalypse où saint Jean raconte comment, sur une bête venue de la mer, chevauchait la grande prostituée de Babylone vêtue d'une robe rouge. Pour Luther, Babylone, c'est Rome ! Il faut donc chasser le rouge du temple - et des habits de tous bons chrétiens. Cette" fuite" du rouge n'est pas sans conséquence : à partir du XVIème siècle, les hommes ne s'habillent plus en rouge (à l'exception des cardinaux et des membres de certains ordres de chevalerie). [  ] On va assister aussi à un drôle de chassé-croisé : alors qu'au Moyen-Age le bleu était plutôt féminin (à cause de la Vierge) et le rouge, masculin (signe du pouvoir et de la guerre), les choses s'inversent. Désormais le bleu devient masculin (car plus discret), le rouge part vers le féminin. On en a gardé la trace : bleu pour les bébés garçon, rose pour les filles... Le rouge restera aussi la couleur de la mariée jusqu'au XIXème siècle.
[Et oui, la mariée était en rouge !] Surtout chez les paysans, c'est-à-dire la grande majorité de la population d'alors. Pourquoi ? Parce que, le jour du mariage, on revêt son plus beau vêtement et qu'une robe belle et riche est forcément rouge (c'est dans cette couleur que les teinturiers sont les plus performants). Dans ce domaine-là, on retrouve notre ambivalence : longtemps les prostituées ont eu l'obligation de porter une pièce de vêtement rouge, pour que, dans la rue, les choses soient bien claires (pour la même raison, on mettra une lanterne rouge à la porte des maisons closes). Le rouge décrit les deux versants de l'amour : le divin et le péché de chair. Au fil des siècles, le rouge de l'interdit s'est aussi affirmé. Il était déjà là, dans la robe des juges et dans les gants et le capuchon du bourreau, celui qui verse la sang. Dès le XVIIIème siècle, un chiffon rouge signifie danger.
[  ] En octobre 1789, l'Assemblée constituante décrète qu'en cas de trouble, un drapeau rouge sera placé aux carrefours pour signifier l'interdiction d'attroupement et avertir que la force publique est susceptible d'intervenir. Le 17 juillet 1791, de nombreux Parisiens se rassemblent au Champs-de-Mars pour demander la destitution de Louis VI, qui vient d'être arrêter à Varennes. Comme l'émeute menace, Bailly, le maire de Paris, fait hisser à la hâte un grand drapeau rouge. Mais les gardes nationaux tirent sans sommation : on comptera une cinquantaine de morts, dont on fera des "martyrs de la révolution". Par une étonnante inversion, c'est ce fameux drapeau rouge, "teint du sang des martyrs", qui devient l'emblème du peuple opprimé et de la révolution en marche. Un peu plus tard, il a même failli devenir celui de la France.[  ] En février 1848, les insurgés le brandissent de nouveau devant l'Hôtel de Ville. Jusque là, le drapeau tricolore était devenu le symbole de la Révolution (ces trois couleurs ne sont d'ailleurs pas , contrairement à ce que l'on prétend, une association de la couleur royale et de celles de la ville de Paris, qui étaient en réalité le rouge et le marron : elles ont été reprises de la révolution américaine). Mais, à ce moment-là, le drapeau tricolore est discrédité, car le roi Louis-Philippe s'y est rallié. L'un des manifestants demande que l'on fasse du drapeau rouge, "symbole de la misère du peuple et signe de la rupture avec le passé", l'emblème officiel de la République. C'est Lamartine, membre du gouvernement provisoire, qui va sauver nos trois couleurs : "Le drapeau rouge, clame-t-il, est un pavillon de terreur qui n'a jamais fait que le tour du Champs-de-Mars, tandis que le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie !". Le drapeau rouge aura quand même un bel avenir. La Russie soviétique l'adoptera en 1918, la Chine communiste en 1949... Nous avons gardé des restes amusants de cette histoire : dans l'armée, quand on plie le drapeau français après avoir descendu les couleurs, il est d'usage de cacher la bande rouge pour qu'elle ne soit plus visible. Comme s'il fallait se garder du vieux démon révolutionnaire.
[  ] Dans le domaine des symboles, rien ne disparait vraiment. Le rouge du pouvoir et de l'aristocratie (du moins en Occident, car c'est le jaune qui tient ce rôle dans les cultures asiatiques) a traversé les siècles, tout comme l'autre rouge, révolutionnaire et prolétarien. Chez nous, en outre, le rouge indique toujours la fête, Noël, le luxe, le spectacle : les théâtres et les opéras en sont ornés. Dans le vocabulaire, il nous est resté de nombreuses expressions ("rouge de colère", "voir rouge") qui rappellent les vieux symboles. Et on associe toujours le rouge à l'érotisme et la passion.
Mais, non vie quotidienne, il est pourtant discret. Plus le bleu a progressé dans notre environnement, plus le rouge a reculé. Nos objets sont rarement rouges. On n'imagine pas un ordinateur rouge par exemple (cela ne ferait pas sérieux), ni un réfrigérateur (on aurait l'impression qu'il chauffe). Mais la symbolique a perduré : les panneaux d'interdiction, les feux rouges, le téléphone rouge, l'alerte rouge, le carton rouge, la Croix-Rouge... Tout cela dérive de la même histoire, celle du feu et du sang..."

Pour en savoir plus , vous pouvez consulter le dernier livre de Michel Pastoureau publié en octobre 2016 aux éditions du Seuil : il est consacré à la couleur rouge. 

    

Les livres que je possède et que j'ai feuilleté pour chercher l'explication de l'utilisation du fil rouge en broderie reprennent des informations déjà évoquées par Michel Pastoureau.
Ce livre indique que "Dès le début du Moyen-Age, le rouge est considéré en Occident comme la "couleur par excellence". Opposé au blanc (la pureté) et au noir (la saleté), il symbolise l'amour le dynamisme, la richesse aussi [  ]." Pour en savoir plus, il invite à consulter le "Dictionnaire des couleurs de notre temps. Symbolique et société - M. Pastoureau - éd. Bonneteau - Paris - 1992

Cet album rappelle qu'"un trousseau de jeune fille de bonne famille pouvait compter plus d'une centaine de draps, aussi, pendant longtemps, les femmes européennes ont apposé sur leur trousseau leurs initiales brodées en rouge sur le lin blanc. Impossible sinon pour les blanchisseuses de s'y reconnaitre sans cette marque."
Le Larousse Ménager de 1955
 donne cette définition de la "marque : signe distinctif que porte une pièce de linge ou un objet personnel. Elle est indispensable lorsque le linge est donné à la blanchisserie. On peut marquer le linge d'office avec des encres spéciales ou en utilisant de marques décalquables au fer chaud. Pour le beau linge on emploie le plus souvent des lettres ou des chiffres qu'on exécute au point de broderie."


Les auteurs du livre
ont puisé à différentes sources. Ainsi, dans "Le ménage de Madame Sylvain", livre de lecture courante à l'usage des jeunes filles paru au début du XXème siècle, il est écrit " Le coton rouge écarlate ou andrinople résiste merveilleusement à l'action décolorante de la lessive; c'est pourquoi on l'emploie surtout pour marquer le linge." Plus loin, nous lisons "Rouge Turc, rouge d'Andrinople, rouge du Rhin, ces termes sont définitivement associés à la broderie populaire au point de croix. Couleur aux sens multiples, elle est surtout celle du sang, de la vie et de la passion, et est perçue, à ce titre, comme porteuse d'énergie." (p. 50) Pour l'ethnologue Yvonne Verdier, dont l'ouvrage Façons de dire, façons de faire (paru en 1979) est  cité page 51, "Marquer, c'est aussi avoir ses règles en langage populaire, et marquer son trousseau au fil rouge désigne clairement cet évènement biologique. [  ] La couleur rouge du fil est bien dans son sens profond, originel, celle du sang féminin."
Enfin, toujours dans "MA BOITE A COUTURE" (p.55), nous apprenons que  E. Wirth a écrit en 1907 : "Le plus sûr moyen de conserver le linge est de le faire marquer, de le numéroter et de le faire servir dans l'ordre de son numéro; c'est dans le même ordre qu'il doit être rangé dans les armoires." Cet ordre établi et immuable permet que l'usure du linge se fasse de façon uniforme.

Je ne peux pas terminer ce petit tour d'horizon sans faire référence aux fils DMC pour Dollfus (Daniel) - Mieg (Anne-Marie) et Compagnie. A l'origine de cette entreprise qui vit le jour en 1746 était la fabrication de toiles de coton peintes (indiennes). En 1843, la société commercialise un fil à coudre et à repriser, décliné en quatre couleurs : blanc, gris, brun et noir. Puis viendra "le fil à marquer le linge, un fil mat de couleur rouge, véritable ancêtre du fil à broder, que les jeunes filles utilisaient pour marquer le trousseau à leurs initiales. Ce fil servait également, dès l'école primaire et parfois même plus tôt, à broder les fameux abécédaires [  ] que certaines nomment à juste titre, des "petits rouges". Ce fil existera également en bleu, une couleur très prisée par les jeunes filles protestantes. C'est ce fil rouge, grand teint, composé de deux brins de coton retordus, extrêmement résistant, qui a beaucoup contribué à la renommée de DMC. Sa couleur provient de la garance, racine cultivée en Alsace et dans le sud de la France. Dans l'Antiquité, les grands centres de production de cette plante se trouvaient à Andrinople, aujourd'hui Edirne et à Smyrne aujourd'hui Izmir, toutes deux villes turques. Ce qui explique pourquoi le rouge DMC s'est appelé tout d'abord rouge d'Andrinople ou rouge turc. Ce n'est que plus tard qu'il portera le nom de rouge du Rhin."
Ces informations sont extraites de 
que j'ai acheté à l'issue de ma visite en mai 2016 au musée textile de Wesserling, écomusée textile de Haute-Alsace qui raconte, par une approche vivante et artistique, la fabuleuse épopée de cette ancienne “Manufacture Royale” qui a marqué l’histoire de toute une vallée.

Une exposition temporaire était consacrée à la société DMC. J'avais photographié cet abécédaire géant (avec mon téléphone portable)
Les abécédaires réalisés à l'école primaire, dont il est question plus haut, sont aussi nommés "marquoirs". Dans "MA BOITE A COUTURE", je lis ceci (p. 53) : "Le terme de marquoir se réfère au verbe marquer et au point de marque qui n'est autre que le point de croix à point compté destiné à marquer les pièces modestes du trousseau.En France, c'est un passage obligé des petites écolières, jusque dans les années cinquante. Exécutés sur canevas ou étamine, au fil rouge, au moment de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, les plus simples comportent un alphabet complet, les chiffres de 1 à 9, le nom de l'écolière, la date d'exécution, parfois une bordure ou une frise. Ils peuvent être "pédagogiques" lorsque l'alphabet commence par les lettres les plus simples à exécuter, les droites, jusqu'aux plus compliquées, courbes, puis diagonales, comme l'indiquent les programmes officiels."

Lorsque je suis allée visiter en novembre 2016 à Epinal l'exposition finale de l'action "L'incroyable conjugaison du verbe coudre", il n'y avait pas de marquoir. Mais un cahier d'écolière dans lequel l'apprentissage des points de couture se faisait au fil rouge.

PS 1 : Je dédie cet article à Marcia 
PS 2 : Si vous croisez des cahiers de couture prêts à prendre le chemin de la décharge, qui ne manqueront à personne, je suis preneuse...

11 mars 2017

Sac basique customisé

Le point de départ de mon travail a été la fabrication de sacs basiques (cliquer ici)
qui devaient être customisés facilement.
J'ai commencé par faire des essais de broderie sur de petits rectangles de tissu :
point de fougère, point d'araignée, point de bouclette.
 Ce motif a été appliqué au point droit à la machine, recouvert par un point de tige à la main.
Les bords sont ensuite effrangés. 
Après j'ai laissé vagabonder mon imagination pour occuper la surface du devant du sac.
Les cœurs et les fleurs ont été renforcés par de la toile thermocollante (voir l'article "appliquer un motif")

Mais je ne les ai pas appliqués en utilisant le point zig-zag. Ils sont maintenus sur le fond par du point droit (machine) ou du point de feston (main).

J'ai complété avec de la broderie directement sur le fond : point de tige et point avant surjeté 
(lorsqu'il y a deux couleurs)
J'ai terminé en brodant une forme rectiligne pour faire écho aux bandes du tissu de fond.
En feuilletant le guide DMC de 1987
mon choix s'est porté sur le point de piqûre surjeté
Ce point se réalise de la manière suivante :
Exécuter un point de piqûre (ou point arrière) puis faire passer un autre fil dans chaque point de piqûre sans tirer sur l'aiguille. Le résultat ressemble fort à du croquet et me plait bien.
Contrairement au sac basique rouge, ce sac est doublé.
 J'ai complété ce sac avec une pochette qui permet de ranger et d'attraper facilement porte-monnaie, porte-feuille, porte-clés.
 L'extérieur est matelassé selon la méthode présentée en fin d'article "piquer droit"
Cette pochette peut aussi servir pour ranger la sac !